Pénurie de main-d'oeuvre : les PME hésitent à embaucher des immigrants
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09/2018

Pénurie de main-d'oeuvre : les PME hésitent à embaucher des immigrants

Les trois régions les plus durement touchées par la pénurie de travailleurs sont les provinces de l'Atlantique, la Colombie-Britannique et l'Ontario.

La BDC, qui a sondé plus de 1200 entrepreneurs du pays dans le cadre de son étude, estime qu'il n'y a pas d'amélioration en vue pour au moins 10 ans. Le vieillissement de la population et le départ à la retraite des baby-boomers contribuent à cette tendance.

Secteurs les plus touchés :

  • fabrication
  • commerce de détail
  • construction

L'économiste en chef de la BDC, Pierre Cléroux, rappelle que le manque de main-d'oeuvre est un frein à la croissance. Il souligne que les entreprises touchées refusent des commandes ou allongent les délais de livraison. 

Pour faire face à ces répercussions, les entrepreneurs devraient songer à embaucher des personnes issues de segments sous-employés de la population, comme les immigrants et les nouveaux arrivants au Canada.

Les immigrants boudés

Seulement 18 % des chefs d'entreprise interrogés pour cette étude font du recrutement auprès des travailleurs immigrants qualifiés, se tournant plutôt vers des retraités ou des jeunes qu'ils forment en entreprise.

L'économiste en chef de la BDC, Pierre Cléroux, reconnaît avoir été désarçonné par ce résultat, d'autant plus que les immigrants représentent le plus important bassin de main-d'oeuvre disponible, le taux de chômage dans cette catégorie de citoyens étant systématiquement plus élevé que dans les autres tranches de la population. 

Je dois avouer qu'on est un peu surpris de la réponse. Si on avait su que la réponse aurait été à ce niveau [en matière de recrutement des immigrants], on aurait posé davantage de questions, mais on ne le savait pas avant de faire la recherche.

Discrimination?

Lorsqu'on demande à M. Cléroux quelles sont les raisons de cette réticence - et si elle est liée à la discrimination pure et simple -, il hésite à évoquer cette possibilité, d'abord parce que la question n'a pas été posée, mais aussi en raison des contraintes liées à l'embauche d'immigrants. 

C'est plus compliqué que [juste de la discrimination]. Souvent, les gens n'ont pas d'expérience au Canada ou ils n'ont pas la formation qui correspond exactement à ce qu'on cherche, donc ça demande à l'employeur d'être plus flexible, de faire plus de formation.

M. Cléroux reconnaît cependant que le fait que l'on soit prêt à embaucher et à former des jeunes ou des travailleurs moins qualifiés vient plomber cet argumentaire.

Selon lui, il est essentiel de reconnaître le problème, et pas seulement pour les immigrants :Il faut changer nos façons de faire. [...] Il faut recruter des gens qui sont sous-représentés dans le marché du travail et ce ne sont pas que les immigrants; on peut parler de personnes qui ont des limitations fonctionnelles, qui sont aussi sous-représentées, et des Autochtones également.

M. Cléroux rappelle toutefois que la pénurie de main-d'oeuvre - bien qu'annoncée depuis des années - est relativement récente, d'une part parce que l'économie roule à fond de train depuis deux ans.

Ça ne fait pas 10 ans qu'on a des pénuries de main-d'oeuvre au Québec ou au Canada, dit-il. On est dans cette situation depuis deux ans; le taux de chômage a beaucoup baissé au cours des deux dernières années.

D'autre part, les baby-boomers, dont les premiers représentants nés en 1946 ont atteint 65 ans en 2011, ont amorcé un départ massif à la retraite de la plus importante cohorte de travailleurs actifs.

La BDC, qui est une société de la Couronne, conseille par ailleurs aux entreprises de se doter de politiques de ressources humaines et de rendre le milieu de travail attrayant pour conserver leurs employés et en recruter de nouveaux. Les difficultés de recrutement de certaines entreprises ont en effet eu des retombées positives sur leurs employés, qui ont obtenu de meilleurs salaires et des conditions de travail plus avantageuses.

Le sondage commandé par la BDC à la firme Maru/Matchbox a été réalisé auprès de 1208 PME, du 30 avril au 11 mai 2018. La marge d’erreur est de 2,8 %.


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